Evgenia Arbugaeva

Amani

27 janvier - 18 mars 2017

homme dans la forêt, image de la série Amani par evgenia arbugaeva

Untitled 49 | Evgenia Arbugaeva | 2015

Untitled 50 | Evgenia Arbugaeva | 2015

photographie de main issue de la série Amani, d'evgenia arbugaeva

Untitled 54 | Evgenia Arbugaeva | 2015

homme dans un cabinet de curiosité

Untitled 51 | Evgenia Arbugaeva | 2015

Amani

“ Après « Weather Man», exposé en 2015 à la galerie in camera, Evgenia Arbugaeva présente « Amani», sa nouvelle série réalisée en Tanzanie, à l’Ouest de Tanga. En onze tirages, cette photographe russe documente ce qui fut au siècle dernier un laboratoire de recherche sur le paludisme, un lieu unique aujourd’hui préservé de l’oubli par des gardiens attachés à sa mémoire.

« Nous avons tendance à romancer le passé, et j’aime être dans cet espace merveilleux entre réalité et fiction ».

Evgenia Arbugaeva explique ainsi ce qui pourrait être une constante dans son travail, cette recherche d’un temps presque perdu, découvert ici et là, et dont elle devient l’interprète, comme par enchantement. Réalisée en Tanzanie, Amani, titre de sa nouvelle série, révèle comment, en onze photographies, elle parvient à recréer un espace-temps, à la fois vaste et resserré, ne s’appropriant pas ce territoire, mais le partageant assidûment. Pouvoir de la suggestion ? Peut-être, et plus que ça, tant Evgenia Arbugaeva, née en 1985 à Tiksi, à l’Est de la Sibérie, puise dans notre imaginaire pour construire un monde moins fictif qu’il n’y paraît.

L’histoire commence en Norvège où des anthropologues de l’Université d’Oslo décrivent leur mission dans un laboratoire de recherche de la période coloniale appelée Station Amani, à moitié abandonné dans les forêts des monts Usambara, en Tanzanie, terre à la biodiversité légendaire.

« Leur étude m’a littéralement captivée, souligne Evgenia Arbugaeva. Ils se préoccupaient des souvenirs et des rêves associés à ce lieu mystérieux, aussi bien du côté des scientifiques britanniques que des Tanzaniens qui ont travaillé avec eux. Comme ils voulaient collaborer avec des artistes, ils m’ont invitée à participer à leur projet… ».

C’est son premier voyage en Afrique. Cette Nordique a grandi dans la toundra, la voici subjuguée par la nature, sa végétation luxuriante. Au cœur de ce paysage grandiose, raconte-t-elle, « la station Amani Malaria est comme une oasis de paix au milieu du parc national, visité par les touristes, les étudiants, et les scientifiques. Le temps s’y est arrêté. Tout ce qui reste a été laissé par les Allemands – avant la Première Guerre mondiale, ils envisageaient d’avoir un jardin botanique et des plantations de café – puis par les Britanniques, soucieux d’élargir les activités du laboratoire et qui ont fait appel à la population locale afin de participer à des expériences, comme assistants et sujets. » À la fin des années 70, après le départ des Britanniques, la station Amani a été protégée par quelques gardiens qui l’ont préservée d’une nature envahissante.

John Mganga est l’un d’eux. Personnage central de la série, il incarne le passé et symbolise le présent, en attente de la renaissance de cet étrange éden. Jours paisibles. Certains gardiens se reposent à l’ombre, d’autres poursuivent leur tâche : nourrir les souris blanches, dépoussiérer les spécimens, ouvrir et fermer la bibliothèque à heures précises, même si personne ne vient, à part quelques rares fantômes…

Tel Slava Korotkiy, le météorologue de l’Arctique qui lisait Hemingway (Weather Man), John Mganga échange ses songes avec la jeune femme russe. Il y a peu, il attrapait des papillons et des insectes pour les collections du laboratoire. Aujourd’hui, il se promène en sa compagnie dans le jardin botanique allemand, riche d’arbres exotiques plantés il y a un siècle.

Quand elle le photographie, Evgenia Arbugaeva lui laisse le champ libre. Douceur de son approche : John Mganga appartient à sa propre réalité, il ne s’agit pas de le surprendre. Mais le spectateur, oui, peut se sentir troublé par sa proximité. Il n’y a pas d’effets spéciaux dans cet univers en suspension, aucun exotisme, rien n’a été dérangé. Evgenia Arbugaeva fait confiance aux sources de la lumière. Pas de noir et blanc, a-t-elle dit, mais des touches d’ocre, de jaune, de vert. Impression, si troublante, d’une couleur sédimentée. Dominée par la raison. Fixée avec passion. Comme affinée au pinceau.”

Brigitte Ollier, décembre 2016.

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